Politique · International · Israël

Cet article prend comme point de départ le reportage d'Antonio Pita et Beatriz Lecumberri publié par le quotidien espagnol El País le 27 octobre 2026, « Netanyahu gana las elecciones en Israel, pero su coalición no logra la mayoría ». Les données ont été mises à jour et complétées par d'autres sources, citées dans le texte. Il ne s'agit pas d'une traduction de l'article original.

Benjamin Netanyahou a remporté les élections législatives israéliennes du 27 octobre 2026 au sens le plus étroit du terme : le Likoud est de nouveau le parti le plus populaire du pays. Mais en Israël, l'arithmétique qui compte n'est pas celle du premier arrivé, c'est celle des 61 sièges sur 120 nécessaires à la Knesset. Selon ce critère, le premier ministre sort des urnes affaibli. Avec plus de 84 % des bureaux dépouillés, le bloc gouvernemental comptait 54 sièges, le bloc d'opposition juive mené par l'ancien chef d'état-major Gadi Eisenkot en obtenait 49 et les deux listes arabes, qui n'appartiennent à aucun des deux camps, en récoltaient 17, selon les résultats partiels du Comité central des élections compilés par le Times of Israel[2].

Le résultat replonge Israël dans une impasse familière. Aucun des deux grands blocs ne peut gouverner seul, et la seule combinaison qui franchit la barre de la majorité passe par les partis qui représentent les citoyens palestiniens d'Israël. Une avenue que Netanyahou rejette et qu'Eisenkot a abordée avec une extrême prudence tout au long de la campagne.

Une victoire qui rétrécit

Le Likoud obtient environ 27 sièges, contre 32 en 2022. Yashar, le parti de centre droit d'Eisenkot, se situe autour de 22, sous les attentes des sondages préélectoraux qui le plaçaient parfois en tête, rapporte El País[1]. Netanyahou confirme donc encore une fois sa capacité à renverser des mois de sondages défavorables. Le problème se trouve autour de lui.

La coalition au pouvoir depuis la fin de 2022 avait remporté 64 sièges lors de ce scrutin. Elle en perd maintenant une dizaine, selon le décompte de l'agrégateur Poliwave[3]. D'après El País, la sanction frappe surtout les alliés : le parti ultraorthodoxe séfarade Shas glisse de 11 à 7 députés, Force juive, du ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, plafonne autour de 7 alors que son chef en espérait le double, et le Sionisme religieux du ministre des Finances Bezalel Smotrich se contente aussi d'environ 7[1]. La lecture du quotidien espagnol : l'électorat a davantage rejeté les partenaires radicaux que le premier ministre lui-même.

Le coût de la vie, le refus d'imposer le service militaire aux ultraorthodoxes alors que l'armée manque de soldats, le refus de créer une commission d'enquête indépendante sur les failles du 7 octobre 2023 et les procès pour corruption qui visent Netanyahou ont pesé contre le gouvernement. Il s'agissait du premier scrutin depuis l'attaque du Hamas et les guerres qui ont suivi à Gaza, au Liban et contre l'Iran.

Les chiffres d'un dépouillement mouvant

Les résultats ont fluctué durant la nuit et la matinée de mercredi, ce qui commande la prudence devant tout chiffre isolé. À environ 70 % du dépouillement, El País faisait état de 54 sièges pour le bloc gouvernemental, 49 pour l'opposition juive et 16 pour les listes arabes. À 76,8 %, le Times of Israel montrait l'opposition juive à 47 et les listes arabes à 19, un sommet historique ; à 84,5 %, la répartition est revenue à 54, 49 et 17[2]. Selon le portail israélien Ynet, cette dernière oscillation a fait passer deux sièges de la Liste unifiée au camp d'Eisenkot[4].

Le vote populaire, additionné par bloc, mesure l'ampleur du recul. Le camp Netanyahou recueillait 42,7 % des suffrages, près de sept points de moins qu'en 2022, contre 38,3 % pour l'opposition juive et 13,8 % pour les listes arabes, en hausse d'environ trois points, selon Poliwave[3].

SIÈGES À LA KNESSET (120) · PARTIEL À 84,5 % DES BUREAUX Bloc Netanyahou 54 Bloc Eisenkot 49 Partis arabes 17 majorité : 61 Eisenkot + partis arabes = 66 · Netanyahou = 54
Source : Comité central des élections d'Israël, via le Times of Israel (28/10/2026, 12 h 34, heure d'Israël). Résultat partiel, susceptible de changer d'ici le décompte final.

La participation a atteint 77 %, la plus élevée en plus de 25 ans, selon El País[1]. À titre de comparaison, le scrutin de 2022 avait attiré 70,6 % des électeurs, selon la série historique du Comité central des élections reprise par la Jewish Virtual Library[5]. Les marchés ont mal accueilli l'incertitude : le shekel et les obligations israéliennes ont reculé mercredi, rapporte CNBC[6].

« Ne t'avise pas d'utiliser la sécurité d'Israël pour ton propre profit politique. »

Gadi Eisenkot, s'adressant à Netanyahou, selon El País

L'arbitre arabe

La nouveauté structurelle de ce scrutin tient à la performance des listes arabes. La Liste unifiée, une alliance de trois partis menée par Yousef Jabareen, et Ra'am, parti islamiste modéré dirigé par Mansour Abbas, ont profité d'une mobilisation sans précédent d'un électorat qui se sent traité en citoyen de seconde zone, surtout depuis 2023[1]. Les Arabes représentent 22 % de la population d'Israël, mais seulement 18 % des électeurs inscrits, un écart qui s'explique par une population plus jeune et par la présence de résidents non citoyens à Jérusalem-Est et sur le plateau du Golan, selon des données du Bureau central des statistiques citées par JNS[7].

La participation de cet électorat a toujours été volatile et déterminante. Elle était de 44,6 % en 2021 et de 53,2 % en 2022, après un sommet de 64,8 % en 2020, lorsque la Liste unifiée avait raflé 15 sièges[5]. Avant le vote, plusieurs analystes israéliens prévenaient qu'un bond de la participation arabe compliquerait sérieusement la tâche de Netanyahou. C'est ce qui s'est produit.

Le dilemme appartient désormais à son adversaire. Eisenkot a posé comme condition à tout partenaire la reconnaissance d'Israël comme État juif et la désignation du Hamas comme organisation terroriste à démanteler, des exigences que la plupart des élus arabes accepteront difficilement, note CNN[8]. Au sein même de son bloc, Yaïr Golan, chef des Démocrates, la liste qui réunit le travaillisme historique et le Meretz, a pourtant plaidé ouvertement mercredi pour un gouvernement appuyé par les partis arabes, selon Ynet[4].

Il existe un précédent. En 2021, Ra'am est devenu le premier parti arabe à faire partie d'un gouvernement israélien, au sein de la coalition de Naftali Bennett et Yaïr Lapid, la seule depuis 2009 sans Netanyahou. Elle a duré environ un an, minée par ses divergences idéologiques. Bennett et Lapid reviennent aujourd'hui ensemble sous la bannière Beyahad, troisième force de la nouvelle Knesset avec environ 11 sièges, selon El País[1]. Abbas s'est déjà dit prêt à contribuer à une majorité. La Liste unifiée, historiquement plus réticente à soutenir un gouvernement sioniste, a promis d'aider à écarter Netanyahou, selon Haaretz[9].

Du côté gouvernemental, la porte est close. Netanyahou a qualifié de honteuse l'idée d'un gouvernement dépendant des partis arabes et a même laissé entendre sur les réseaux sociaux, sans preuve, que ces partis « volaient » l'élection. Smotrich a promis que la révolution des colonies en Cisjordanie ne serait pas renversée[1].

L'horloge constitutionnelle

Une fois le décompte terminé, le président Isaac Herzog consultera les formations et confiera à un député, habituellement le chef du parti arrivé en tête, le mandat de former un gouvernement. Celui-ci dispose de 28 jours, prolongeables de 14. En cas d'échec, le président peut désigner un deuxième candidat, puis un troisième. Si aucun ne réunit une majorité approuvée par la Knesset, Israël retourne aux urnes[1]. Ce serait le sixième scrutin depuis 2019, dans un pays qui a déjà voté cinq fois en moins de quatre ans entre 2019 et 2022.

La règle crée une asymétrie importante. Netanyahou devrait recevoir le premier mandat parce qu'il dirige le plus grand parti, mais le camp qui additionne le plus de sièges est celui de son rival, à condition d'inclure les Arabes. Eisenkot, qui avait revendiqué la victoire lorsque les premiers résultats partiels lui étaient favorables, réclame le droit d'essayer en premier[6]. L'impasse commence donc avant même les négociations.

Contrepoint

L'argument de ceux qui voient une légitimité au bloc Netanyahou

Les partisans du premier ministre font valoir que le Likoud est, de loin, le parti le plus populaire et que le bloc gouvernemental dépasse toute autre coalition juive, 54 sièges contre 49. Additionner les listes arabes au camp d'Eisenkot serait artificiel, soutiennent-ils, puisque ces partis ne partagent pas la prémisse sioniste de leurs supposés alliés et qu'Eisenkot lui-même leur impose des conditions qu'ils rejettent. Ils rappellent aussi que l'expérience de 2021 s'est effondrée en un peu plus d'un an.

L'argument inverse est tout aussi arithmétique : 66 députés élus se situent hors du bloc gouvernemental, et les citoyens arabes d'Israël ont le même droit à la représentation que les autres. Traiter leurs votes comme secondaires, répondent des critiques comme Golan, reviendrait à entériner la hiérarchie de citoyenneté qui a justement nourri la mobilisation record. Les deux camps s'entendent au moins sur un point : tout gouvernement qui émergera sera hétérogène et fragile.

Ce que le scrutin israélien signifie pour le Canada et le Québec

Le résultat survient alors que la relation canado-israélienne traverse l'une de ses périodes les plus froides. En juillet 2025, le gouvernement de Mark Carney a annoncé son intention de reconnaître l'État de Palestine, en la conditionnant notamment à la tenue d'élections palestiniennes en 2026 sans le Hamas, à une réforme de la gouvernance et à la démilitarisation, comme le rappelle une analyse publiée dans Le Devoir[10]. En septembre 2026, la ministre des Affaires étrangères Anita Anand a annoncé de nouvelles mesures restrictives visant Israël, dont des restrictions liées aux produits des colonies, vivement condamnées par le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA), selon le Jerusalem Post[11]. Ce mois-ci, Ottawa et ses alliés ont dit « regretter » le report des élections palestiniennes, ce qui fragilise la logique même de la reconnaissance, rapporte le Courrier Frontenac[12].

Le dialogue n'est pas rompu pour autant. En mai 2026, Mark Carney s'est entretenu avec le président Herzog, celui-là même qui confiera le mandat de former le prochain gouvernement. Il y a réaffirmé l'appui du Canada à la sécurité d'Israël, tout en dénonçant l'expansion des colonies et le traitement réservé à des citoyens canadiens à bord de la flottille pour Gaza, et en évoquant nommément le ministre Ben Gvir, selon le Cabinet du premier ministre[13]. Or, Ben Gvir et Smotrich sont précisément les grands perdants du scrutin. Pour Ottawa, une coalition sans eux réduirait le poids de l'agenda d'annexion en Cisjordanie, cœur des griefs canadiens. Un changement de gouvernement n'effacerait toutefois pas tout : Eisenkot a été chef d'état-major sous Netanyahou de 2015 à 2019, et ses conditions montrent que le consensus sécuritaire israélien sur le Hamas traverse les deux blocs.

Le Québec a aussi son propre dossier israélien. Le gouvernement a établi par décret, en août 2023, un Bureau du Québec à Tel-Aviv, selon la Gazette officielle du Québec[14], quelques semaines avant l'attaque du 7 octobre. Depuis, l'antenne est restée au centre d'une controverse à l'Assemblée nationale : Québec solidaire en réclame la fermeture et le Parti québécois a contesté la stratégie régionale invoquée par la ministre Martine Biron, tandis que le gouvernement soutenait qu'il ne s'agissait en rien d'une prise de position dans le conflit, comme l'a rapporté Noovo Info[15]. Le bureau figure toujours parmi les représentations officielles du Québec à l'étranger, selon Québec.ca[16]. Le visage du prochain gouvernement israélien, avec ou sans l'extrême droite, pèsera inévitablement sur ce débat.

Le scrutin israélien offre enfin une leçon institutionnelle qui résonne ici. Israël fonctionne avec une proportionnelle intégrale et un seuil électoral bas, ce qui produit des parlements fragmentés où de petits partis deviennent incontournables. Le Canada et le Québec votent au scrutin majoritaire uninominal, réputé produire des gouvernements plus stables, mais les Canadiens connaissent bien les gouvernements minoritaires. L'entente de soutien et de confiance conclue en 2022 entre libéraux et néo-démocrates à Ottawa est d'ailleurs un bon modèle de ce qui pourrait se dessiner à Jérusalem : un appui extérieur au gouvernement, sans siège au Conseil des ministres. Au Québec, où le projet de réforme vers un mode de scrutin mixte proportionnel a été abandonné en 2021, l'exemple israélien sert à la fois d'argument aux partisans de la proportionnelle, au nom de la représentation, et à ses adversaires, au nom de la stabilité.

Perspective

Les prochaines semaines diront si l'opposition parvient à transformer ses 66 sièges en un gouvernement réel, ou si les conditions posées par Eisenkot et le veto d'une partie de la droite laïque à une alliance avec les Arabes rendront l'initiative à Netanyahou. Le premier ministre, au pouvoir depuis 19 ans en trois périodes distinctes, a déjà prouvé qu'il sait exploiter les divisions de ses adversaires pour gagner du temps. Entre une coalition improbable et un nouveau scrutin, Israël entreprend de négocier un gouvernement sans savoir s'il existe.

Questions fréquentes

Qui a gagné les élections israéliennes de 2026 ?

Le Likoud de Benjamin Netanyahou est arrivé en tête des élections du 27 octobre 2026 avec environ 27 sièges. Mais le bloc gouvernemental n'obtient que 54 sièges sur 120, sous les 61 nécessaires pour gouverner, selon les résultats partiels.

Combien de sièges faut-il pour gouverner en Israël ?

Il faut 61 des 120 sièges de la Knesset, le parlement israélien, pour former une majorité gouvernementale.

Pourquoi les partis arabes sont-ils décisifs dans ce scrutin ?

Parce que ni le bloc de Netanyahou (54) ni celui de Gadi Eisenkot (49) n'atteignent 61 sièges seuls. Les listes arabes, la Liste unifiée et Ra'am, totalisent de 16 à 17 sièges et sont la seule pièce permettant à l'opposition de franchir la majorité.

Qui est Gadi Eisenkot ?

Gadi Eisenkot est l'ancien chef d'état-major de l'armée israélienne (2015 à 2019) et le chef du parti de centre droit Yashar, principal adversaire de Netanyahou en 2026.

Que se passe-t-il si personne ne forme de gouvernement en Israël ?

Le président Isaac Herzog désigne un député, qui dispose de 28 jours, prolongeables de 14, pour former un gouvernement. Si ce candidat et jusqu'à deux autres échouent, Israël déclenche de nouvelles élections.

Quelle est la position du Canada envers Israël ?

Le gouvernement Carney a annoncé en 2025 son intention de reconnaître l'État de Palestine sous conditions et a adopté en 2026 de nouvelles mesures restrictives visant Israël, notamment liées aux colonies, tout en réaffirmant son appui à la sécurité d'Israël et à une solution à deux États.