Politique · États-Unis

Dans cinq jours, les Américains renouvelleront les 435 sièges de la Chambre des représentants et 35 des 100 sièges du Sénat, et Donald Trump aborde le dernier droit avec le pire taux d'approbation de ses deux mandats. Un sondage Reuters/Ipsos clos le 19 octobre lui accordait 31 % d'approbation, alors que les démocrates menaient par 12 points à la question sur le parti pour lequel l'électeur voterait au Congrès, le plus grand écart de tout le cycle.2

Les élections de mi-mandat servent traditionnellement de référendum sur l'occupant de la Maison-Blanche. En 2026, ce référendum prend une forme plus précise : on y mesure ce que le nom de Trump ajoute, ou retranche, aux candidats de son propre parti. La question est au cœur d'un texte d'opinion publié ce jeudi 29 octobre par le New York Times, qui examine le rôle du président dans la course.1 L'analyse de Le Tissu part de ce débat et le croise avec les données disponibles, puis avec ce que le scrutin signifie pour Ottawa et pour Québec.

Le tableau avant le décompte

Les principaux modèles de prévision convergent, avec des intensités différentes. La moyenne des sondages de FiftyPlusOne montrait le 28 octobre les démocrates à 52,2 % contre 43,5 % pour les républicains dans les intentions de vote génériques pour la Chambre.3 Selon une analyse publiée par The Conversation, le modèle de Nate Silver accordait aux démocrates 95 % des chances de contrôler la Chambre et 75 % de remporter le Sénat, avec peu de variation au fil d'octobre.4 Decision Desk HQ se montre plus prudent : 80 % pour la Chambre, avec 238 sièges projetés, et 58 % pour le Sénat.5

PROBABILITÉ D'UNE MAJORITÉ DÉMOCRATE (%) Silver (26 oct.) 95 75 DDHQ (28 oct.) 80 58 On Point (28 oct.) 94 82 Chambre Sénat
Sources : modèle de Nate Silver (via The Conversation), Decision Desk HQ et On Point Politics. Les prévisions sont des probabilités, pas des résultats.

C'est au Sénat que loge la véritable incertitude. L'équipe de Silver rappelle elle-même que les avances démocrates dans les États clés, comme le Texas, l'Ohio, l'Alaska et le Maine, restent toutes à l'intérieur d'une erreur de sondage jugée normale, entre 2,4 et 3,6 points.6 Autrement dit, la Chambre semble acquise ; le Sénat peut basculer dans un sens comme dans l'autre.

Pourquoi le président arrive usé

L'usure a une adresse connue : le portefeuille. Toujours selon Reuters/Ipsos, 68 % des Américains désapprouvent sa gestion de l'économie, dont 37 % des répondants qui se disent républicains. L'enquête associe ce recul à la hausse du prix de l'essence qui a suivi les frappes ordonnées contre l'Iran en février.7

Trump avait lui-même anticipé le coût d'une défaite. En janvier, devant le caucus républicain de la Chambre, il a prévenu qu'il ferait l'objet d'une troisième procédure de destitution si les démocrates reprenaient le Congrès.8 Au fil de l'année, même le président du Comité national républicain, Joe Gruters, choisi par Trump, a évoqué publiquement le risque d'un désastre électoral pour son parti.9

En 2026, la question n'est pas seulement de savoir qui gagnera, mais combien pèse le nom du président dans chaque circonscription.

Le dilemme républicain

C'est dans les circonscriptions compétitives que le calcul devient le plus net. Un sondage du Cook Political Report mené dans 37 de ces circonscriptions, rapporté par TV Sim Brasil, a mesuré 42 % d'approbation et 58 % de désapprobation à l'égard du président.10 Pour un candidat républicain dans ces endroits, s'afficher avec Trump garantit la mobilisation de la base, mais peut éloigner l'électeur indépendant qui décide du siège.

Le terrain, toutefois, n'est pas neutre. En raison du redécoupage favorable aux républicains dans plusieurs États, les démocrates ont besoin d'au moins quatre points d'avance dans le vote générique pour avoir de bonnes chances à la Chambre. Au Sénat, une simulation de glissement uniforme exigerait une marge à deux chiffres, même si le modèle de Silver place déjà les démocrates favoris avec cinq ou six points.4 L'écart entre la volonté nationale et sa traduction en sièges reste la principale raison de lire les sondages avec prudence.

Contrepoint

L'argument de ceux qui misent sur la résistance républicaine

La direction du parti soutient que Trump est un atout, pas un boulet. En entrevue à Fox News, Joe Gruters a qualifié le président d'arme secrète capable de déjouer la tendance historique qui fait perdre des sièges au parti au pouvoir.11 Le chroniqueur conservateur Kurt Schlichter, dans Townhall, emprunte une autre voie : une courte défaite à la Chambre serait historiquement attendue et peu décisive, et le véritable enjeu du scrutin serait la préparation de 2028.12 Un élément technique appuie cette lecture : les courses sénatoriales décisives se déroulent dans des États remportés par Trump, où les sondages ont déjà sous-estimé les républicains lors de cycles précédents.

Ce que le scrutin américain signifie pour le Canada et le Québec

Pour Ottawa, la campagne américaine se superpose à une négociation commerciale qui n'aboutit pas. Le premier ministre Mark Carney a affirmé mercredi que le Canada n'était pas en mesure de conclure une entente avec l'administration Trump avant le vote, malgré une intensification des pourparlers dont les progrès restent qualifiés de limités.13 Quelques jours plus tôt, Trump avait annoncé la levée de certains tarifs de 50 % sur des produits canadiens, tout en en imposant de nouveaux sur des dizaines d'autres, puis affirmé en meeting au Michigan qu'une entente viendrait bientôt.14

Le contexte est connu des lecteurs d'ici. Cet été, Washington a menacé d'imposer des droits de 50 % en vertu de l'article 338 sur des centaines de catégories de produits représentant environ 20 milliards de dollars américains, en réponse notamment aux interdictions provinciales visant l'alcool américain, à la gestion de l'offre laitière et aux quotas sur certains véhicules.15 Le 1er juillet, les États-Unis ont par ailleurs choisi une révision annuelle de l'ACEUM plutôt que sa reconduction jusqu'en 2042, plongeant Ottawa dans ce que le ministre Dominic LeBlanc a décrit comme un contexte inconnu.16

Le Québec est en première ligne. En 2025, 69,8 % des exportations internationales de marchandises du Québec étaient destinées aux États-Unis, selon l'Institut de la statistique du Québec.17 Au premier semestre de 2026, les exportations vers ce marché ont reculé de 7,2 %.18 Le nouveau gouvernement péquiste de Paul St-Pierre Plamondon, assermenté le 21 octobre, hérite de ce dossier en situation minoritaire, avec 59 sièges sur 127, à cinq sièges de la majorité.19

Il ne faut pas surestimer l'effet d'une victoire démocrate. L'essentiel des tarifs relève de pouvoirs délégués à l'exécutif, et un Congrès d'opposition ne les démantèle pas seul. Ce qui change, c'est le contrepoids. Comme le rappelle CBC, les tarifs de l'article 338 échappent aux mécanismes de contrôle habituels, et des élus ont déposé un projet de loi pour abroger cette disposition. La gouverneure démocrate du Maine, Janet Mills, y estime qu'un Congrès démocrate pourrait reprendre la main sur la fiscalité et les tarifs.20 Le Maine, voisin immédiat du Québec, est justement l'une des courses sénatoriales les plus serrées. Plusieurs candidats républicains qui applaudissaient les droits imposés au Canada ont d'ailleurs changé de ton en fin de campagne.21

Ce qu'il faudra surveiller le 3 novembre

Trois signaux aideront à interpréter la soirée. D'abord, les courses sénatoriales du Texas, de l'Ohio, du Maine, de l'Alaska et de l'Iowa, qui détermineront si le message des urnes sera partiel ou complet. Ensuite, la participation : aux élections de mi-mandat de 2018, premier test de Trump au pouvoir, elle avait atteint 53,4 %, selon le Census Bureau.22 À titre de comparaison, les Québécois ont voté à 66,92 % le 5 octobre.23 Enfin, le rythme du dépouillement : les États-Unis n'ont pas d'organisme central comparable à Élections Canada ou à Élections Québec, et le décompte complet peut prendre des jours.

Quel que soit le résultat, le scrutin redéfinira les deux dernières années du mandat de Trump. Avec une Chambre démocrate, la Maison-Blanche gouvernera sous enquête et négociation permanentes. Avec les deux chambres, sa marge d'action unilatérale sur les tarifs, les nominations et la politique étrangère se réduira nettement. Pour Ottawa et Québec, ce qui se jouera mardi n'est pas seulement le sort d'un président américain, mais le degré de prévisibilité du partenaire qui absorbe encore sept dollars d'exportations québécoises sur dix.

Questions fréquentes

Quand ont lieu les élections de mi-mandat américaines de 2026?

Le mardi 3 novembre 2026. Les 435 sièges de la Chambre des représentants et 35 des 100 sièges du Sénat sont en jeu, en plus de postes de gouverneurs et de législatures d'État.

Qui est favori pour contrôler le Congrès américain?

Les démocrates sont favoris pour remporter la Chambre dans tous les principaux modèles de prévision. Le Sénat est plus disputé, avec des États clés à l'intérieur de la marge d'erreur.

Quel est le taux d'approbation de Donald Trump avant le scrutin?

Le sondage Reuters/Ipsos clos le 19 octobre 2026 lui accordait 31 % d'approbation, le plus bas de ses deux mandats. Les moyennes de sondages tournent autour de 36 %.

Le résultat peut-il changer les tarifs imposés au Canada?

Pas directement, puisque les tarifs relèvent surtout de pouvoirs délégués à l'exécutif. Un Congrès démocrate pourrait toutefois encadrer ces pouvoirs, notamment ceux de l'article 338, et accentuer la pression sur la Maison-Blanche dans la révision de l'ACEUM.

Quand connaîtra-t-on les résultats définitifs?

Une partie des résultats sera connue le soir même, mais le décompte complet peut prendre des jours, puisque chaque État organise et dépouille son propre scrutin.

Note d'attribution : cet article s'inspire du débat soulevé par un texte d'opinion du New York Times publié le 29 octobre 2026, accessible par le lien indiqué dans les références. Le Tissu ne reproduit ni ne traduit le texte original ; l'analyse, les données et l'angle canadien et québécois ont été développés de façon indépendante, à partir des sources citées.

Éverton Loupes Poirier — Curateur éditorial