Politique · International · Élections en Israël
Israël élit ce mardi 27 octobre 2026 les 120 députés de la Knesset, et le scrutin prend dans les faits l'allure d'un référendum sur Benyamin Nétanyahou. En face de lui, il n'y a pas un parti, mais un front : quatre formations juives qui vont de la droite nationaliste laïque à la gauche du Meretz et qui ont mis de côté de profonds désaccords pour tenter de déloger un premier ministre au pouvoir depuis 19 ans, en trois périodes distinctes. Selon un reportage du quotidien espagnol El País, ce bloc représenterait près de la moitié des 7,3 millions d'électeurs israéliens.1
Les derniers sondages, diffusés vendredi (23 octobre) par les trois grands réseaux de télévision du pays, vont tous dans le même sens : le parti Yashar, de l'ancien chef d'état-major Gadi Eisenkot, arrive en tête, devant le Likoud. Mais aucun des deux camps n'atteint les 61 sièges nécessaires pour gouverner, comme l'ont rapporté le Times of Israel et Haaretz.2,3 C'est dans cet écart, entre gagner le vote et réussir à gouverner, que l'élection se jouera vraiment.
Qui compose le bloc anti-Nétanyahou
Le front d'opposition repose sur quatre piliers. Le Yashar, de centre droit, est dirigé par Eisenkot, général de réserve qui a siégé au cabinet de guerre formé après les attaques du Hamas du 7 octobre 2023. La liste Ensemble (B'Yachad) réunit l'ancien premier ministre Naftali Bennett, autrefois allié de Nétanyahou, et le chef de l'opposition sortant, Yair Lapid, qui ont fusionné leurs candidatures en avril. Les Démocrates, menés par le général Yair Golan, unissent l'historique Parti travailliste d'Yitzhak Rabin et le Meretz. Le Yisrael Beytenou d'Avigdor Lieberman, ancien ministre de Nétanyahou devenu son adversaire déclaré, complète le groupe.
La figure centrale reste Eisenkot. Fils d'immigrants marocains, élevé en périphérie du pays, il offre un contraste voulu avec les origines privilégiées de Nétanyahou, selon un portrait de l'Agence France-Presse repris par Asharq Al-Awsat.10 Sa montée dans les sondages a attiré le vote stratégique du camp libéral, auparavant partagé entre lui et Bennett. À El País, l'analyste Meir Margalit, ancien dirigeant du Meretz, attribue une partie de ce capital à son parcours personnel : Eisenkot a perdu un fils dans la guerre à Gaza, ce qui pèse lourd dans un électorat marqué par le service militaire.1
Nétanyahou a provoqué en Israël la pire catastrophe depuis la fondation du pays.Gadi Eisenkot, à propos du 7 octobre, cité par El País
Ce qui unit ce bloc dépasse, du moins dans le discours, le rejet du premier ministre. Ses candidats convergent sur quatre engagements : une commission d'enquête officielle sur les défaillances qui ont permis le 7 octobre, la défense de la séparation des pouvoirs après la tentative de réforme judiciaire, une réforme de l'éducation et la fin de l'exemption de service militaire pour les ultraorthodoxes. La politologue Ilana Shpaizman, de l'Université Bar-Ilan, a résumé pour le quotidien espagnol cet objectif commun comme le rétablissement du secteur public et le retour à une manière normale de gouverner.1
Ce que disent les derniers sondages
La loi israélienne interdit la publication de sondages dans les jours qui précèdent le vote. Les enquêtes de vendredi constituent donc la dernière photographie publique de la course. Toutes trois donnent l'avantage au bloc d'Eisenkot, avec une avance de deux à six sièges, sans toutefois le rapprocher de la majorité.
Dans l'enquête de la Chaîne 12, la plus favorable à l'opposition, le Yashar obtient 23 sièges, le Likoud 21 et la liste de Bennett 15. Les Démocrates en récoltent 10 ; Yisrael Beytenou, le Shas et Otzma Yehudit, 8 chacun ; le Judaïsme unifié de la Torah, 7 ; et l'alliance Sionisme religieux-Zehut, 6. Du côté arabe, la Liste commune obtiendrait 9 sièges et Ra'am, 5, selon Ynet.2 Le retrait de Benny Gantz, qui a sorti son parti Bleu et Blanc de la course la semaine dernière, a aussi contribué à concentrer le vote dans le camp de l'opposition, comme le montrait un sondage du portail Walla publié par le Jerusalem Post.6
Le nœud des partis arabes
L'arithmétique explique pourquoi la question arabe est devenue le point le plus sensible de la campagne. Avec 14 à 16 sièges projetés pour les formations à majorité arabe, l'opposition juive ne pourrait gouverner qu'avec une forme d'appui de leur part, au sein du gouvernement ou de l'extérieur, en assurant sa survie au Parlement. Eisenkot a pourtant déclaré ne pas vouloir de cet appui. Lapid, qui a gouverné avec Ra'am en 2021, a affirmé en mai à l'Associated Press qu'il ne répéterait pas l'expérience, selon un reportage de l'AP.5
Au sein même du front d'opposition, le consensus n'existe pas. Golan, des Démocrates, défend ouvertement une alliance avec Ra'am, et le candidat de son parti Tomer Avital a confié à El País que Mansour Abbas était le dirigeant arabe que son camp attendait.1 Ra'am, d'inspiration islamique mais à la stratégie pragmatique, se présente seul ; le Hadash, le Balad et le Ta'al ont reconstitué la Liste commune pour franchir le seuil électoral de 3,25 %, explique Ahram Online.9 Le Likoud a pour sa part exploité le thème dans le dernier droit avec des affiches associant des chefs de l'opposition à des députés arabes, et a annoncé son intention de demander l'exclusion de ces formations.3
Si personne n'obtient de majorité, le scénario le plus probable est une nouvelle élection, avec Nétanyahou à la tête d'un gouvernement de transition pendant des mois. C'est précisément ce qui inquiète Eisenkot, qui a promis à El País de faire pression pour que le premier ministre soit remplacé si la situation s'éternise.1
Ce que l'élection israélienne dit au Québec et au Canada
Deux parlements sans majorité, deux logiques opposées
Le lecteur québécois n'a pas à chercher bien loin pour comprendre le casse-tête israélien. Le 5 octobre dernier, le Parti québécois de Paul St-Pierre Plamondon a remporté 59 des 127 sièges de l'Assemblée nationale, en deçà des 64 requis pour une majorité, avec environ 28 % des voix, selon les résultats préliminaires rapportés par Le Soleil.11 Le contraste entre les deux systèmes est pourtant instructif. Au Québec, le mode de scrutin majoritaire uninominal transforme 28 % des votes en près de la moitié des sièges, et un gouvernement minoritaire peut entrer en fonction sans coalition formelle, puis survivre vote par vote. En Israël, la proportionnelle intégrale reproduit presque fidèlement le poids de chaque liste, ce qui fragmente la Knesset et rend impossible tout gouvernement sans une majorité négociée à l'avance ou, à tout le moins, l'appui extérieur de partis tiers.
Le débat n'est pas abstrait ici. Québec solidaire réclame depuis des années une réforme vers un mode de scrutin proportionnel. Le cas israélien montre le revers de la médaille : une représentation plus fidèle de l'électorat, mais un pouvoir disproportionné accordé aux petits partis charnières, qu'il s'agisse des formations ultraorthodoxes dans la coalition de Nétanyahou ou de Ra'am dans le camp adverse.
Ottawa a déjà durci le ton
Sur le plan fédéral, l'élection israélienne arrive alors que les relations entre Ottawa et le gouvernement Nétanyahou sont au plus bas. Sous Mark Carney, le Canada a reconnu l'État de Palestine en septembre 2025 et sanctionné les ministres Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich, deux piliers de l'actuelle coalition. En mai dernier, le premier ministre canadien a qualifié d'« abominable » le traitement réservé par Israël aux militants de la flottille pour Gaza, a rapporté l'agence Reuters.7 Carney a aussi affirmé que le Canada respecterait le mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale visant Nétanyahou.
Un changement de premier ministre à Jérusalem mettrait cette ligne à l'épreuve. Mais il ne faut pas confondre changement de gouvernement et changement de politique étrangère. Eisenkot juge sans pertinence, dans le contexte de l'après-7 octobre, le débat sur un État palestinien, et il est l'architecte de la doctrine de riposte militaire disproportionnée au Liban.10 Un rapprochement avec Ottawa serait plus probable dans le ton que sur le fond des désaccords concernant Gaza et la Cisjordanie. La présence ou non de Ben-Gvir et de Smotrich au prochain conseil des ministres sera, pour le gouvernement canadien, l'indicateur le plus concret.
Le Bureau de Tel-Aviv sur le bureau du nouveau gouvernement
Le Québec a ses propres enjeux. Le gouvernement Legault a créé en 2023 un Bureau du Québec à Tel-Aviv, logé dans les locaux de l'ambassade du Canada et présenté comme une porte d'entrée vers le Moyen-Orient. Québec solidaire en a réclamé la fermeture et déposé des pétitions totalisant près de 12 000 signatures, tandis que le Parti québécois, alors dans l'opposition, demandait d'en suspendre les activités jusqu'à un cessez-le-feu, comme l'ont rapporté Noovo Info et La Presse Canadienne.12 Le dossier relève désormais du gouvernement St-Pierre Plamondon. L'issue du scrutin israélien pourrait lui offrir une sortie : maintenir le Bureau sous un nouveau gouvernement israélien serait plus facile à défendre que sous une coalition dont deux ministres sont sanctionnés par Ottawa.
Questions fréquentes
Quand ont lieu les élections en Israël ?
Le mardi 27 octobre 2026. C'est la première fois depuis 1988 que la Knesset termine son mandat complet de quatre ans avant un scrutin.
Qui mène dans les sondages ?
Le parti Yashar de Gadi Eisenkot domine les trois derniers sondages des télévisions israéliennes, avec 22 à 23 sièges, devant le Likoud de Nétanyahou, à 19 à 21 sièges. Les moyennes qui incluent des sondeurs proches de la droite placent toutefois le Likoud en tête.
Combien de sièges faut-il pour gouverner ?
Il faut une majorité de 61 sièges sur les 120 de la Knesset. Aucun bloc n'atteint ce seuil dans les derniers sondages.
Quels partis forment le bloc anti-Nétanyahou ?
Le Yashar (Gadi Eisenkot), Ensemble ou B'Yachad (Naftali Bennett et Yair Lapid), les Démocrates (Yair Golan, union des travaillistes et du Meretz) et Yisrael Beytenou (Avigdor Lieberman).
Les partis arabes peuvent-ils décider de l'élection ?
Oui. Avec 14 à 16 sièges projetés, la Liste commune et Ra'am pourraient être déterminants, mais Eisenkot et Nétanyahou refusent de gouverner avec eux. Sans cet appui, le risque d'impasse et d'un nouveau scrutin augmente.
Qu'est-ce que l'élection change pour le Canada et le Québec ?
Ottawa a reconnu l'État de Palestine en 2025 et sanctionné deux ministres de la coalition de Nétanyahou. Un nouveau gouvernement israélien pourrait détendre la relation, sans effacer les désaccords sur Gaza. À Québec, le gouvernement minoritaire du Parti québécois devra statuer sur l'avenir du Bureau du Québec à Tel-Aviv.
Références
- Lecumberri, Beatriz. « La oposición se une frente a un enemigo común: Netanyahu ». El País, 26 octobre 2026. elpais.com
- The Times of Israel et Ynet. Derniers sondages avant l'élection, 23 octobre 2026.
- Haaretz. « Last Polls Before Israel's Election Put Eisenkot Ahead of Netanyahu as Both Lack Majority », 23 octobre 2026.
- Jewish Insider. « Final Israeli polls point to stalemate ahead of Tuesday's election », octobre 2026.
- Associated Press. « Israel's Arab-led parties could decide the election, if anyone would partner with them », 16 octobre 2026.
- The Jerusalem Post. Sondage Walla après le retrait de Benny Gantz, octobre 2026.
- Reuters. « Israel's treatment of Gaza flotilla members is 'abominable', Canada PM Carney says », 20 mai 2026.
- Al Jazeera. « Knesset dissolves: How will Israel vote in October's general election? », 17 juillet 2026.
- Ahram Online. « Israel elections 2026: The Arab vote and new right-wing parties », 31 août 2026.
- AFP, via Asharq Al-Awsat. « In Israel Vote, Ex-Army Chief Emerges Main Rival to Netanyahu », juillet 2026.
- La Presse Canadienne, via Le Soleil. « PQ minoritaire : cinq points à retenir des élections », 6 octobre 2026.
- La Presse Canadienne, via Noovo Info. Couverture du Bureau du Québec à Tel-Aviv, 2024.